Les salariés du célèbre hôtel de luxe niçois, administré par la justice, redoutent que l’établissement perde son âme et ses emplois en cas de changement de direction

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Entre oeuvres d’art et dorures, l’inquiétude. Et derrière les sourires, le blues. Depuis quelques semaines, les très discrets 180 salariés du Negresco, mythique hôtel cinq étoiles de la promenade des Anglais à Nice (Alpes-Maritimes), nagent entre deux eaux avec vue directe sur la Méditerranée. «C’est radio couloir, il y a des rumeurs, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. On a pourtant amélioré notre productivité en augmentant par exemple notre quota de chambres de 9 à 11», confie Virgile*, un valet de chambre.

La raison de leur peur se trouve du côté de la justice. Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, a récemment annoncé vouloir mettre fin à l’administration judiciaire provisoire décidée en 2013 pour gérer le site, alors que sa propriétaire, Jeanne Augier, 94 ans et très affaiblie, venait d’être placée sous tutelle. Il a ainsi demandé au tribunal de commerce de désigner un mandataire ad hoc afin «de redonner à cette entreprise une gouvernance capable de voir à cinq, dix ans». Mais vendredi dernier, le parquet a provisoirement retiré cette requête, mal formulée selon les avocats adverses.

Les grands groupes hôteliers en ligne de mire

En attendant, l’incertitude agace les employés. «C’est une prise d’otages, dit Jonathan, le secrétaire du comité d’entreprise. Rien n’est fait pour qu’on soit sereins.» Eux prônent le maintien de la direction actuelle, d’autant que les affaires sont au beau fixe. Et tous redoutent que l’un des derniers palaces en France indépendant cède aux sirènes de grands groupes hôteliers en cas de nouveaux dirigeants. « Dans deux ans, ils supprimeront des postes comme cela s’est fait ailleurs», souffle un salarié.

Le scénario serait bien loin de celui imaginé par la propriétaire qui a décidé de léguer, à sa mort, ses biens à une fondation gérée par des proches défendant les animaux et la culture. L’ombre tutélaire de Madame — son surnom maison — est d’ailleurs omniprésente dans le combat entamé par les employés à travers de timides rassemblements avec tee-shirts revendicatifs. «Elle a tout créé. Si elle avait conscience de tout ça, elle foutrait de bons coups de pied au c…» lance l’un d’eux. Michèle, chargé de l’argenterie, acquiesce, nostalgique : «Elle venait voir les techniciens tous les jours à 8h30 et à 13h30. Elle nous connaissait tous mais nous appelait Mon petit.»

JCDecaux sur la liste des repreneurs…

Cette période de flottement judiciaire suscite les convoitises. «Un grand groupe (NDLR : JCDecaux) s’est présenté sans y avoir été invité […], et a affiché son intention de reprendre le Negresco. Ils ont à ce titre séjourné trois nuits pour commencer leur audit», a dénoncé, la semaine dernière, l’administrateur judiciaire, M eNathalie Thomas, dans un mail interne.

Agacé lui aussi, Pierre Bord, le directeur, assure avoir dû répéter à des clients «que l’hôtel n’était pas en vente». JCDecaux n’a pas souhaité faire de commentaire lundi. Estimé à 300 M€, le luxueux site de renommée mondiale se révèle un aimant à investisseu

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