Covid, vaccination obligatoire, pass sanitaire et la liberté, la responsabilité et la vigilance

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Nos derniers articles après l’intervention d’Emmanuel Macron ont provoqué beaucoup de réactions de la part des lecteurs et sur les réseaux sociaux. L’article de Nicolas Lecaussin, comme l’indique le titre, s’oppose aux mesures coercitives annoncées par le président tout en rappelant les responsabilités que devraient assumer tous les Français en ces temps de pandémie, ainsi que les retards pris par la France dans la vaccination. Pour Jean-Philippe Delsol, la liberté de chacun dépend des libertés et des responsabilités de tous et, à l’heure actuelle, seule la vaccination nous assurerait ces libertés. Il vaut toujours mieux éviter un nouveau confinement. D’ailleurs, dès le mois de mars 2020, l’IREF a critiqué ces mesures restrictives, comme il a été l’un des premiers à pointer du doigt la bureaucratisation et la faillite du système hospitalier française malgré ses coûts faramineux.

Il est vrai qu’Emmanuel Macron a été très maladroit dans ses annonces et il aurait pu agir autrement

D’abord, en ciblant très précisément les populations pour lesquelles la vaccination devrait être obligatoire : personnes à risque, âgées et très âgées. Ensuite, en essayant la persuasion auprès des autres. Car, ailleurs, tout le monde se fait vacciner. Aux Etats-Unis, 90 % des personnes âgées de plus de 65 ans et 65 % des plus de 12 ans ont déjà reçu au moins une dose. Les hospitalisations et le taux de mortalité ont baissé de presque 95 % depuis le mois de janvier. En Israël, presque 60 % de la population est complètement vaccinée (seulement deux morts en moyenne par jour depuis deux mois) et 53 % au Royaume-Uni. Contre 39.6 % en France. Même s’il y a plus de 40 000 cas nouveaux par jour au Royaume-Uni, les hospitalisations sont presque cinq fois moins nombreuses qu’au mois de janvier. En Russie, où seulement 13 % de la population est vaccinée, on enregistre presque 25 000 cas, et environ 800 morts, par jour ! En Espagne, pays terriblement touché par la Covid, 100 % des résidants des EHPAD de plus de 80 ans ont été vaccinés. Aucun décès ces dernières semaines.

La découverte d’un vaccin en un temps si court est une extraordinaire innovation qui devrait réjouir tous les libéraux. C’est le seul remède à l’heure actuelle contre la Covid.

Certes, les mesures de vaccination obligatoire des soignants vont à l’encontre des annonces antérieures mais dire qu’elles n’ont pas été annoncées suffisamment longtemps à l’avance est une critique de mauvaise foi. En effet, elles n’entreront pour l’essentiel en vigueur que dans quelques semaines afin notamment de laisser aux soignants le temps de se faire vacciner, et aux autorités celui d’adopter une loi y afférent.

Autrefois les villes où les épidémies se développaient étaient fermées

Il faut rappeler à cette occasion que :

1) Déjà en France, la vaccination est obligatoire, sans que personne y trouve à redire, sur certains territoires. Pour aller en Guyane, par exemple, pour assister à un tir de la fusée Ariane, il faut être vacciné contre la fièvre jaune. Aucun voyageur ne le conteste. Ceux qui ne veulent pas se faire vacciner… ne voyagent tout simplement pas. C’est une chose communément admise

2) Personne ne s’offusque du fait que la police barre une rue dans laquelle un immeuble en feu risque de s’effondrer, ou interdise l’entrée d’une gare menacée par une bombe djihadiste… Une déviation est proposée jusqu’à ce que tout danger soit écarté. Il en va de même pour le temps d’une épidémie.

3) Autrefois les villes où les épidémies se développaient étaient fermées. Ceux qui le pouvaient se réfugiaient dans leur campagne, comme, par exemple, Tocqueville le fit : informé d’une épidémie de choléra en Europe, il rentra précipitamment en mars 1832 et organisa aussitôt le repli de sa famille à Saint-Germain-en-Laye. Ceux qui n’avaient pas de « campagne » devaient subir le mal de plein fouet. Cet isolement et/ou le risque d’être contaminé peuvent être dans une large mesure évités aujourd’hui grâce au vaccin. Mieux vaut consentir à la vaccination pour tous que de subir un nouveau confinement.

En balance, il y a la liberté de vivre normalement pour ceux qui ont reçu un vaccin, et celle de ceux qui le refusent.

Si la masse de la population vaccinée n’est pas suffisante, c’est toute la population, y compris celle qui est vaccinée, qui devra subir des mesures de contrainte. En balance, il y a la liberté de vivre normalement pour ceux qui ont reçu un vaccin, et celle de ceux qui le refusent. Il faut distinguer deux catégories de mesures :

1. L’obligation de se faire vacciner pour les soignants repose sur une contrainte professionnelle comme dans beaucoup d’autre métiers. Déjà, par exemple, les soignants, indépendamment de l’épidémie, doivent impérativement porter un masque dans les salles d’opération. Et ils le font volontiers parce que c’est une mesure de protection tant pour eux que, surtout, pour leurs patients. N’en est-il pas de même de la vaccination ? Certes elle implique l’inoculation d’un produit que certains peuvent craindre. Les éventuelles conséquences en paraissent pourtant moins dangereuses que le choix de prendre sa voiture, ou pire sa moto, pour aller à l’hôpital. Toute la vie est un risque, est jalonnée de risques entre lesquels chacun d’entre nous doit choisir. Mais je ne peux pas prendre la liberté et le risque de conduire à gauche (en France) parce que ce risque crée des risques supplémentaires pour les autres. Ainsi en est-il pour la vaccination, particulièrement celle des soignants qui ont vocation à sauver, pas à contaminer. Or il est plus que très vraisemblable que la généralisation de la vaccination tend à réduire la contamination et la propagation des virus, donc aussi l’apparition de variants plus nocifs. Toutefois, l’obligation de vaccination ne paraît raisonnablement applicable qu’à ceux qui ont des obligations professionnelles à ce titre, comme il est imposé à ceux qui voyagent professionnellement dans des pays exotiques de se faire vacciner pour pouvoir y accéder.

2. Pour les autres, l’obligation de vaccination serait disproportionnée, mais s’ils sont trop nombreux à ne pas se faire vacciner, le risque est que tous restent soumis à des mesures de confinement ou semi confinement. Il paraît dans ces conditions raisonnable et moralement acceptable, voire souhaitable, que soient mises en places des techniques de différenciation, en l’espèce le pass sanitaire, pour permettre que de telles mesures, au demeurant limitées, ne s’appliquent qu’à ceux qui ne sont pas vaccinés qui les subiraient de toutes les façons à défaut puisqu’alors tous seraient sans doute soumis aux mêmes mesures. En définitive, il n’est rien imposé de plus aux non vaccinés que ce à quoi ils seraient assujettis si le pass sanitaire n’était pas mis en place. Mais on leur donne la possibilité et la chance d’échapper à ces mesures contraignantes s’ils se font vacciner. L’équilibre est ainsi plus que respecté entre la liberté des uns et celle des autres.

Mais bien sûr, il faut être vigilant pour que les gouvernants ne prennent pas l’habitude de nous contraindre ainsi et limitent, dans le temps, les mesures incontestablement privatives de liberté.
Quoi qu’il en soit, le débat est légitime et il est dommage que certains expriment leur désaccord en jetant des anathèmes sans aucune aménité.

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