Selon le dernier rapport du McKinsey Global Institute intitulé « Global Balance Sheet 2026: Imbalance and Divergence », les ménages dans le monde entier ont enregistré une augmentation record de 40 trillions de dollars en 2025, portant la richesse nette totale des ménages à 570 trillions de dollars, soit une hausse de 7,3 % par rapport à l’année précédente. Cette croissance dépasse le taux de croissance moyen de 5,9 % observé depuis 2000. Les actifs mondiaux ont ainsi atteint près de 1,8 quadrillion de dollars, des niveaux sans précédent.
Ce chiffre représente plus de quatre fois la valeur de 2000, en valeurs nominales, avec un rythme de croissance qui surpasse même celui du PIB, ce qui soulève des questions quant à la santé et à la stabilité de cette richesse, comme l’a souligné McKinsey. Toutefois, cette hausse n’est pas uniforme d’un pays à l’autre.
Dans de nombreux pays, la richesse des ménages par habitant augmente, mais elle n’évolue pas en adéquation avec le PIB. L’institut a lié cette situation à la baisse des valeurs immobilières, le secteur immobilier représentant généralement la plus grande part de la richesse des ménages dans de nombreuses économies. En revanche, les États-Unis et l’Australie affichent les niveaux les plus élevés de richesse par habitant, avec une expansion de la richesse des ménages d’au moins 20 points de pourcentage par rapport au PIB.
Le problème de la richesse « papier » alimenté par l’IA
Une des conclusions majeures de ce rapport est que cette explosion de richesse est principalement un phénomène de « papier », plutôt qu’un véritable essor économique. Environ 20 % seulement de la nouvelle richesse des ménages provient de la formation de capital réel, c’est-à-dire d’investissements effectifs dans des actifs productifs, tandis que les valeurs boursières représentent 57 % de cette nouvelle richesse, contre seulement 15 % pour le secteur immobilier. Ce renversement marque une rupture importante avec la tendance historique de 2000 à 2024, où l’immobilier était le principal moteur des gains de richesse.
Il est pertinent de noter qu’en 2025, les valeurs des actions aux États-Unis ont atteint 2,4 fois les actifs nets des entreprises—presque le double de la moyenne historique—et que plus de la moitié de la croissance de la capitalisation boursière du S&P 500 de 2021 à 2025 provient des sept entreprises géantes liées à l’IA, connues sous le nom de « Magnificent Seven ». Les États-Unis représentent désormais près de la moitié de la valeur des actions des grandes économies mondiales, une part qui a considérablement augmenté au cours des 15 dernières années. Cette concentration signifie que les bénéfices des entreprises américaines, en particulier ceux issus de la monétisation de l’IA, deviennent un pivot essentiel pour la stabilité de la richesse mondiale.
Dans un contraste frappant, la croissance du bilan chinois s’est faite tendue par une accumulation de dettes. La dette des entreprises y atteignait 80 % des actifs réels, alors que la norme mondiale est de 50 %, avec un ratio d’1,7 fois le PIB. Parallèlement, la baisse des valeurs immobilières a considérablement impacté la richesse des ménages en Chine. Cette divergence est au cœur de l’analyse de McKinsey, qui parle d’un cadre d’« imbalance and divergence : les deux plus grandes économies du monde gonflent leurs bilans de manières profondément différentes, toutes deux précaires.
Perspectives sur l’avenir économique
Dans une note finale à l’attention des dirigeants, l’institut souligne qu’un bilan aussi « déséquilibré » par rapport à l’économie sous-jacente peut se corriger de trois manières : par une productivité accrue, par une inflation plus élevée ou par des corrections des prix des actifs. Les bilans peuvent également rester gonflés et traîner sous des conditions de stagnation séculaire, reportant ainsi une éventuelle correction à l’avenir.
Cet scénario reste plausible pour toutes les grandes économies. Dans ce cadre, les dirigeants seront appelés à naviguer au milieu de ces dynamiques complexes qui pourraient avoir des répercussions significatives sur la croissance et la stabilité économiques à long terme.
Il est crucial pour les décideurs et les investisseurs de scruter ces tendances, non seulement pour anticiper les évolutions du marché, mais également pour en comprendre les implications sur la stratégie économique globale au sein des pays européens et au-delà.


































