Karin Rådström, en pionnière en matière de leadership féminin dans le secteur automobile, s’affirme comme une figure emblématique à la tête de Daimler Truck, le plus grand constructeur de camions au monde. Depuis son arrivée à la direction de l’entreprise, elle a non seulement pris les rênes d’une organisation au riche passé de plus d’un siècle, mais elle fait également face à des défis inédits, notamment la montée en puissance de la concurrence chinoise dans le secteur.
Une ascension remarquable
Rådström a su s’imposer dans un environnement traditionnellement masculin. Avant de rejoindre Daimler Truck, elle a été la première femme à diriger la division bus et autocars de Scania, gravissant les échelons depuis un poste de stagiaire en marketing jusqu’à vice-présidente exécutive. Son parcours a fait d’elle l’une des rares femmes à diriger une entreprise du DAX 40 depuis son nomination en 2024, au sein d’un cercle restreint de 43 femmes CEO dans le Fortune 500 Europe. “Je cherche à transformer cette situation en motivation positive plutôt qu’en fardeau,” déclare-t-elle. “Le meilleur moyen d’augmenter les opportunités de leadership pour les femmes est d’abord d’être couronnée de succès.”
Depuis son arrivée, l’action de Daimler Truck a vu son prix grimper de près de 40 %, allant de 33,15 € à 46,24 €, tandis que les ventes de véhicules zéro émissions ont connu une hausse de 67 % en 2025. Cependant, ce succès ne se construit pas sans obstacles. Rådström mentionne une série de défis : les difficultés d’approvisionnement, les pénuries de semi-conducteurs, la guerre en Ukraine, des enjeux géopolitiques, et les droits de douane aux États-Unis. “C’est un véritable parcours du combattant,” confie-t-elle.
Une transformation culturelle nécessaire
Bien que Daimler Truck soit devenue une entreprise indépendante en 2021 après la scission de Daimler AG, elle possède une longue histoire, marquée cette année par le 130e anniversaire de la création du premier camion motorisé par l’ingénieur allemand Gottlieb Daimler. Rådström a été frappée par la hiérarchie complexe de ce géant allemand et le volume des décisions à prendre lorsqu’elle est devenue CEO. “Les processus décisionnels longs et compliqués ne fonctionnent plus dans l’environnement dynamique actuel,” observe-t-elle.
Elle prône une approche “plus simple, plus rapide et plus robuste”. Sa proposition vise à encourager une prise de décision rapide et une plus grande autonomie au sein de l’entreprise, élément central de la transformation culturelle qu’elle mène. “Il est rare d’avoir 100 % des informations, donc si vous ne décidez pas, vous risquez de rater de grandes opportunités,” explique-t-elle.
Rådström est réputée pour son style de leadership authentique, stratégique et inclusif. Ses collègues, tels que Klas Bergelind, directeur général et analyste des technologies industrielles chez Citi, soulignent qu’elle a su créer une organisation plus décentralisée, mais des défis demeurent. “Le changement culturel prend du temps, et même si les coûts diminuent progressivement, d’autres vents contraires pèsent sur les résultats,” constate-t-il.
La pression de la concurrence chinoise
Alors que Daimler Truck doit redoubler d’efforts pour maintenir sa position, la concurrence venue de Chine représente un point de tension. Bien que le marché européen des camions soit relativement stable, le secteur automobile européen fait face à une concurrence croissante des véhicules électriques chinois, qui ont vu leur part de marché progresser de 3 % à 14,2 % en deux ans.
Ce changement est perceptible notamment dans le marché asiatique, où la supériorité technologique des véhicules chinois les rend de plus en plus attractifs. “Ils sont en position d’attaquer le marché,” affirment les experts, soulignant que le risque pourrait bientôt s’étendre au secteur du transport lourd, traditionnellement protégé.
Actuellement, les marques chinoises ne détiennent qu’une part marginale de 1,36 % sur le marché européen des véhicules utilitaires, mais plusieurs entreprises commencent à établir des bases en Europe, signe d’une expansion imminente.
Vers une stratégie de croissance durable
Daimler Truck a également identifié la défense comme un secteur clé pour sa stratégie de croissance. L’entreprise ambitionne de doubler ses revenus liés à la défense pour atteindre 1 milliard d’euros d’ici 2028. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, Rådström se montre confiante dans la capacité de l’entreprise à répondre à ces nouveaux défis. “Nous avons une forte position sur le marché, et nous pouvons nous appuyer sur notre expertise civile pour des applications militaires,” avance-t-elle.
Rådström espère également que des partenariats avec des start-ups axées sur le militaire conduiront à des innovations pouvant bénéficier au secteur civil. Par ailleurs, elle envisage le lancement de camions autonomes Level 4 sur le marché américain d’ici 2027, un objectif ambitieux mais prometteur.
Un avenir à construire
Afin de garantir une croissance durable à long terme, elle sait que l’innovation est la clé. “Nous devons améliorer la satisfaction de nos clients, engendrer l’engagement des employés, car c’est cela qui nous rendra performants et nous permettra d’améliorer nos chiffres,” déclare-t-elle. Rådström reste consciente de l’héritage de 130 ans que représente Daimler Truck, adoptant une approche humble face aux défis. “J’aspire à transmettre une entreprise encore meilleure que celle qui m’a été confiée. C’est cela qui ferait ma fierté,” conclut-elle.





























