LE DROIT EST LENT, MAIS FERME. PAR SON ARRET DU 15 JUIN 2021, “FACEBOOK”, LA COUR DE JUSTICE INTERPRETE LARGEMENT LE POUVOIR DES AUTORITES NATIONALES PUISQU’IL SERT LA PROTECTION DES PERSONNES DANS L’ESPACE NUMERIQUE

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Le Droit est lent, mais ferme. Par son arrêt du 15 juin 2021, Facebook , la Cour de Justice de l’Union européenne interprète largement le pouvoir des Autorités nationales, puisqu’il sert la protection des personnes dans l’espace numérique

Le reproche de lenteur est si souvent adressé au Droit et à la Justice.  Mais l’essentiel est que, dans le brouhaha de réglementations changeante, il établisse des principes clairs et ferme, permettant à chacun de savoir à quoi se tenir. Plus le monde est changeant et plus le Droit est donc requis.

Quand le Droit dégénèrent en réglementations, c’est alors au Juge de faire le Droit. Les “Cours suprêmes” apparaissent, de jure comme aux Etats-Unis, de fait comme dans l’Union européenne par la Cour de justice de l’Union européenne qui pose les principes, soit avant tout le monde, comme elle le fît pour le “droit à l’oubli” en 2014 (➡️📝CJUE, Google Spain, 13 mai 2014), puis l’impossibilité de transférer vers des pays-tiers des données sans l’accord des personnes concernées (➡️📝CJUE, Schrems, 6 octobre 2015).

Le contentieux Facebook est une sorte de roman. L’entreprise sait que c’est aux juridictions qu’elle parle avant tout. En Europe, elle le fait derrière les murailles de l’espace juridique irlandais, dont elle voudrait pouvoir ne pas sortir avant de mieux dominer l’espace numérique mondial, tandis que les autorités de régulation nationales veulent la saisir pour protéger les citoyens.

Se pose donc une question technique de “compétence juridictionnelle”. Les textes y ont pourvu, mais le Droit est malhabile car conçu pour un monde encore ancré dans le sol : le RGPD de 2016 organise donc des coopérations entre Autorités nationales de régulation par un “guichet unique”, obligeant les Autorités à se dessaisir pour que le cas ne soit traité que par l’Autorité nationale “chef de file”. Cela évite l’éclatement et la contradiction. Mais avant l’adoption du RGPD, le Régulateur belge de protection des données avait ouvert une procédure contre Facebook à propos des cookies. Le mécanisme du “guichet unique”, intervenu en 2016, n’est donc évoqué que devant la Cour d’appel de Bruxelles, à laquelle il est demandé de se dessaisir au profit de l’Autorité de Régulation irlandaise, puisque l’entreprise a en Europe son siège social dans ce pays. La Cour d’appel saisit la CJUE en question préjudicielle.

Par son arrêt du 15 juin 2021 (➡️📝CJUE, Facebook, 15 juin 2021), celle-ci suit les conclusions de son Avocat général  maintient la compétence du Régulateur national car, même après le RGPD, le cas supporte encore son traitement national. Retenons la raison. La Cour relève que la règle du “guichet unique” n’est pas absolue et que l’autorité national de régulation peut maintenir sa compétence, notamment si la coopération entre autorités nationale est difficile.

Plus encore, ne faudra pas un jour ajuster plus radicalement le Droit au fait que l’espace numérique n’est pas tenu par des frontières et que l’ambition de “coopération transfrontalière” est mal adaptée ? C’est bien sur ce constat d’inefficacité consubstantielle à l’espace numérique qu’a été conçu et mis en place le Parquet européen, qui n’est pas une coopération, ni un guichet unique, mais bien un organe de l’Union agissant localement pour l’Union, en lien direct avec les soucis de Compliance (➡️📝Frison-Roche, M.-A. “Le Parque Européen est un apport considérable au Droit de la Compliance”, 2021 et Frison-Roche, M.-A., Entrée en scène du parquet européen: l’entreprise étant devenue elle-même procureur privé, allons-nous vers une alliance de tous les procureurs?, 2021).

C’est donc de cela qu’il faut s’inspirer.

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